Gente udite la mia favola!

 

Kossi-Komla-Ebri

Avant que tombe la nuit
Première édition
Février 2021
Editions CONTINENTS

Collection FILBLEU dirigé par Kangni ALEM
CONTACT DE L'EDITEUR

EDITIONS CONTINENTS-Tel: +22890090023 / 99592629

Courriel: editionscontinents@yahoo.fr / 03 BP: 30188, Lomé -Togo

TABLE

Préface

Remerciements

Je rentre chez moi

L’obscurité de la nuit

Deux boites d’allumettes

Madiba

La manif

Le mal…de

La main invisible

Les bourgeons tranchés

La bourse d’études

Quand je traverserai le fleuve

 

                                                              &&&&&

 

( Extrait de « Je rentre chez moi »)

C'était un dimanche après-midi, une belle journée de printemps. Après avoir salué les filles africaines du pensionnat de sa sœur, il est rentré chez lui. Montant dans le métro à la station de Montrouge, il marchait presque en sautillant, essayant de comprimer en lui une joie anxieuse et tumultueuse qui cherchait à jaillir de son être entier.  

Il était incapable de réprimer ce frémissement de l’âme qui s'était transformé en une tension douloureuse des muscles. Il essaya de respirer, profondément, pour réorganiser ses idées, mais il ne put retenir le cri assourdissant qui résonnait en lui, au plus profond de lui. Après avoir sauté le tourniquet frauduleusement il s’enfonça avec exultation dans l’interminable couloir menant à la direction de la Porte de Clignancourt, les poings serrés, agitant les bras en signe de victoire et à la fin, hurla, les bras tendus, avec toute la force qu'il pouvait donner à sa voix :

"Je rentre chez moiiiii !!!"

L'écho, dans la pénombre du tunnel vide du métro, a répondu presque avec un ironique "Ahaaa..." mais, il ne lui a donné aucune importance ; son bonheur était trop effervescent.

Il se balança sur ses pieds, plongé dans ses pensées, ignorant la foule des passagers qui le poussèrent dans le vieux wagon avec ses bancs en bois dur.

 

 

( Extrait de « Quand je traverserai le fleuve »)

Ainsi nous sommes arrivés à Ablomé, dans la cour de la vieille Nukuku. Nukuku dans ma langue signifie "chose morte "  ; en Europe, on dirait tout de suite "quel vilain nom ! ". Au contraire chez nous, c’est un nom de souhait donné à un enfant par des parents qui avaient fait plusieurs fois déjà, la douloureuse expérience de la perte d’enfant à la naissance. Lors d’une nouvelle naissance, donc la maman nommera l’enfant Nukuku pour la faire vivre ; avec cette idée rassurante, qu’étant déjà une " chose morte ", la faucheuse l’épargnerait. Car, qu’est-ce que la Mort pouvait faire d’une chose morte ? En effet, elle l’a épargnée jusqu’à en faire une vieille grogneuse avec le visage sillonné par les vicissitudes de la vie.

         Force et puissance de la Parole, du Nom, du Verbe : Le Verbe peut donc vaincre la mort...

         La cour de la vieille Nukuku était déjà grouillante de personnes ; un chœur de " Bonne arrivée à vous qui avez marché ! " nous a accueillis à peine en avions-nous franchi le seuil. Nous nous assîmes sous la paillote dans la cour avec les anciens et les notables du village, en demi-cercle face à la maison de la vieille. Comme de coutume, on nous porta de l’eau dans une calebasse en signe d’accueil. Après en avoir versé quelques gouttes à terre, comme l'exige la tradition, pour les esprits de nos ancêtres (je crois qu’en Europe on a l’habitude de lever le verre en haut pour prendre le ciel à témoin), nous en avons bu une gorgée, sans trop nous soucier de sa couleur et encore moins des petits locataires de la calebasse.

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